ET VOUS, QU’EST-CE QUE VOUS VOULEZ VRAIMENT ?
Une question simple… jusqu’au moment où elle nous concerne
Nous savons souvent très bien répondre à des questions comme : qu’est-ce qu’il reste à faire cette semaine ? De quoi les enfants ont-ils besoin ? Quelle décision semble la plus raisonnable ? Que faut-il organiser pour que tout fonctionne ? Que va-t-on attendre de moi dans cette situation ?
Au fil des années, nous devenons parfois extrêmement compétentes pour anticiper, organiser, nous adapter, prendre soin, assurer, tenir et faire ce qui doit être fait. Une vie entière peut se construire ainsi, avec des choix que nous avons réellement faits, d’autres que nous avons faits par nécessité, certains qui nous correspondaient parfaitement à une époque et quelques-uns que nous avons simplement continué à faire parce qu’ils étaient devenus notre quotidien.
Puis arrive parfois une question beaucoup plus courte : “Et moi, qu’est-ce que je veux vraiment ?”
Et là, le silence peut être étonnant.
Ce silence signifie rarement que nous n’avons plus d’envies. Il raconte plutôt que nous avons tellement pris l’habitude de réfléchir à partir de ce qui est possible, raisonnable, utile, attendu ou sécurisant que l’accès à notre propre désir s’est fait plus discret. Nous savons ce que nous devons faire, ce que nous pouvons faire, ce que les autres aimeraient que nous fassions. Identifier ce qui nous ferait réellement vibrer demande parfois un peu plus de temps.
Autour de 40, 45, 50 ans ou plus, cette question peut prendre une saveur particulière. Nous avons suffisamment vécu pour mieux connaître certaines parts de nous-mêmes, et suffisamment de vie devant nous pour avoir encore envie d’en faire quelque chose. Certaines ambitions ont changé, certaines priorités aussi. Ce qui nous convenait parfaitement dix ou vingt ans auparavant peut désormais demander à être revisité.
Alors peut-être que la première question n’est pas “qu’est-ce que je dois changer ?”, mais tout simplement : “Qu’est-ce qui me ressemble encore aujourd’hui ?”
Retrouver ses propres repères
Savoir ce que l’on veut demande parfois de remettre un peu de clarté entre plusieurs voix qui se sont installées au fil du temps. Il y a nos envies, bien sûr, mais aussi nos habitudes, nos responsabilités, nos valeurs, nos peurs, nos croyances, nos loyautés, notre besoin de sécurité et le regard des personnes qui comptent pour nous. Tout cela cohabite, parfois très harmonieusement, parfois en tirant dans plusieurs directions à la fois.
Une femme peut, par exemple, aimer profondément sa vie et ressentir simultanément le besoin de retrouver un espace qui lui appartient davantage. Elle peut apprécier son métier tout en sentant revenir une envie ancienne. Elle peut aimer les personnes qui l’entourent et avoir envie de poser certaines limites différemment. Elle peut avoir construit beaucoup de choses dont elle est fière tout en se demandant ce qu’elle souhaite créer maintenant.
C’est là que l’exploration devient intéressante. Qu’est-ce qui me donne réellement de l’énergie ? Dans quelles situations est-ce que je me sens pleinement moi-même ? Quelles qualités est-ce que j’utilise avec plaisir ? Qu’est-ce qui m’enthousiasmait autrefois et que j’ai progressivement laissé de côté ? Quelles valeurs sont devenues essentielles aujourd’hui ? Qu’est-ce que je continue à faire par envie, et qu’est-ce que je poursuis surtout par habitude, par loyauté ou parce que cela rassure tout le monde autour de moi ?
Les réponses peuvent surprendre. Parce qu’elles ne conduisent pas forcément vers le grand bouleversement que l’on imagine lorsqu’on entend parler de “se réinventer”. Elles permettent surtout de retrouver une référence intérieure : la capacité à sentir ce qui est juste pour soi avant de vérifier immédiatement si cela convient à tout le monde.
C’est aussi ici que les forces, les valeurs, les croyances et ce qui procure de la joie ou de l’énergie deviennent de véritables repères. Ils permettent de regarder sa vie avec une autre question que “qu’est-ce qui fonctionne ?” et d’y ajouter : “qu’est-ce qui me ressemble ?”
S’autoriser à vouloir, avant même de décider
Le mot “changement” évoque facilement les grandes décisions : quitter un métier, déménager, mettre fin à une relation, créer une entreprise ou partir vivre à l’autre bout du monde. Ces choix existent évidemment. Pourtant, reprendre sa place peut aussi commencer de façon beaucoup plus discrète et produire des effets tout aussi profonds.
Cela peut être reprendre une activité abandonnée depuis longtemps, réserver du temps pour un projet personnel, retrouver une ambition que l’on avait rangée dans la catégorie “un jour peut-être”, exprimer une envie sans commencer immédiatement à la justifier, poser une limite différemment, apprendre quelque chose de nouveau, créer, voyager, prendre la parole, rencontrer de nouvelles personnes ou simplement décider que certaines habitudes peuvent désormais évoluer.
Avant même de savoir ce que nous allons faire de nos envies, nous pouvons commencer par leur rendre le droit d’exister. Une envie n’est pas encore une décision. Un désir ne constitue pas une obligation. Une idée peut être explorée, éprouvée, précisée, transformée ou finalement laissée de côté. Cette liberté ouvre un espace précieux : celui où nous pouvons écouter ce qui nous appelle sans avoir immédiatement à bouleverser toute notre vie.
Et c’est peut-être là que commence véritablement l’audace. Elle ne demande pas forcément de tout quitter ou de devenir quelqu’un d’autre. Elle peut simplement consister à arrêter de considérer ses propres envies comme la dernière variable d’ajustement.
Retrouver cette place demande parfois de la sécurité intérieure, de la confiance et un peu de courage. Le regard extérieur continuera probablement d’exister. Les responsabilités aussi. Mais elles peuvent désormais cohabiter avec une nouvelle question : “Et moi, quelle place ai-je envie de donner à ce qui compte pour moi ?”
Alors je vous propose une expérience très simple. Pendant quelques instants, laissez de côté ce qui paraît raisonnable, attendu, utile ou rassurant. Vous y reviendrez ensuite.
Et demandez-vous :
Si je m’autorisais vraiment à vouloir quelque chose pour moi aujourd’hui, qu’aurais-je envie de remettre, de créer ou de faire entrer dans ma vie ?