ET S’IL AVAIT SURTOUT BESOIN D’APPRENDRE AUTREMENT?
“Il pourrait réussir s’il travaillait davantage.” “Elle manque de méthode.” “Il connaît son cours à la maison, mais perd ses moyens devant sa copie.” “Elle passe beaucoup de temps à travailler pour des résultats qui restent décevants.” Ces phrases, beaucoup de parents les ont déjà entendues ou prononcées.
Face aux difficultés scolaires, augmenter le temps de travail paraît souvent être la première solution. Pourtant, apprendre mobilise bien davantage que le temps passé devant un cahier. Pour intégrer une nouvelle information, un jeune doit pouvoir y porter son attention, la comprendre, faire des liens avec ce qu’il connaît déjà, l’organiser, la mémoriser et la retrouver au moment où il en a besoin. L’organisation, la fatigue, le stress, les émotions, la motivation et la confiance jouent également leur rôle.
Lorsqu’un jeune passe beaucoup de temps à relire son cours sans savoir comment vérifier qu’il le connaît réellement, une heure supplémentaire risque surtout de prolonger une stratégie peu efficace. Il en va de même lorsqu’il peine à commencer, à identifier les informations importantes, à organiser ses idées ou à mobiliser ses connaissances sous stress. La question devient alors beaucoup plus intéressante : où se situe réellement la difficulté ?
C’est une question essentielle, notamment parce que les difficultés répétées finissent parfois par modifier le regard que le jeune porte sur lui-même. “Je rencontre des difficultés en maths” devient progressivement “je suis nul en maths”. “Je cherche encore une façon efficace de mémoriser” devient “je n’ai aucune mémoire”. La difficulté scolaire finit alors par prendre beaucoup plus de place qu’elle ne le devrait et par masquer les capacités, les forces et les réussites du jeune.
Comprendre comment il apprend pour construire ses propres stratégies
Lorsque j’accompagne un jeune, j’aime commencer par une question très simple : “Qu’est-ce qui est difficile pour toi ?” Cette question ouvre beaucoup plus de possibilités qu’un jugement sur son travail ou sa motivation. Certains jeunes comprennent facilement leurs cours mais peinent à les mémoriser. D’autres mémorisent correctement mais rencontrent des difficultés pour restituer leurs connaissances lors d’une évaluation. Certains se sentent rapidement débordés lorsqu’il faut organiser plusieurs tâches, tandis que d’autres ont surtout besoin de retrouver du sens, de la motivation ou de la confiance.
À partir de là, nous pouvons explorer son fonctionnement et chercher les stratégies qui lui correspondent. Apprendre à apprendre consiste justement à mieux comprendre ce qui aide à se concentrer, à mémoriser, à raisonner, à organiser une information ou à se remettre en action lorsqu’un blocage apparaît. Le jeune peut expérimenter plusieurs façons de faire, observer leurs effets et construire progressivement une boîte à outils qu’il saura mobiliser selon les situations.
C’est dans cette démarche que j’utilise, selon les besoins, la pédagogie PNL, la remédiation cognitive, le coaching scolaire ou encore l’Orientation Positive. Ces approches permettent d’observer la situation sous plusieurs angles : le fonctionnement des apprentissages, certaines fonctions cognitives, les stratégies utilisées, les croyances que le jeune a construites sur ses capacités, mais aussi ses forces, ses qualités, ses centres d’intérêt et ce qui lui donne envie d’avancer.
Cette exploration permet également de rappeler quelque chose d’essentiel : les capacités d’un jeune dépassent largement ses résultats scolaires. Certains raisonnent facilement, d’autres excellent dans l’expression orale, la créativité, les relations, le mouvement, l’observation, la manipulation ou la résolution de problèmes. Identifier ces ressources lui permet de construire une représentation plus complète de lui-même et de s’appuyer sur ce qui fonctionne déjà pour développer ce qui lui demande davantage d’efforts.
Devenir acteur de ses apprentissages
L’objectif va bien au-delà d’une meilleure méthode de révision. Un jeune gagne en autonomie lorsqu’il devient capable d’identifier lui-même ce qui le bloque et de choisir une stratégie adaptée. Face à une difficulté, il peut progressivement apprendre à se demander ce qu’il comprend déjà, ce qui lui manque, l’outil qu’il pourrait essayer ou l’aide dont il a besoin. Cette capacité à observer son propre fonctionnement lui servira pendant toute sa scolarité, mais aussi bien après.
La confiance évolue également de cette manière. Elle se construit à partir d’expériences concrètes dans lesquelles le jeune constate qu’un changement de stratégie produit un résultat différent. Il découvre qu’il peut comprendre une notion qui lui paraissait inaccessible, qu’une autre façon de mémoriser lui convient davantage ou qu’il possède déjà des ressources qu’il utilisait sans en avoir conscience. Ces expériences changent progressivement le regard qu’il porte sur ses capacités.
Apprendre autrement signifie donc élargir les possibilités. Au lieu de chercher une méthode universelle à laquelle chaque jeune devrait s’adapter, nous cherchons à comprendre son fonctionnement et à lui transmettre suffisamment de clés pour qu’il puisse avancer avec davantage d’autonomie, de confiance et de liberté dans ses apprentissages.
Alors, lorsque les efforts semblent importants et que les résultats suivent difficilement, une autre question peut ouvrir une voie différente :
“Et si, avant de lui demander de travailler davantage, nous cherchions avec lui la meilleure façon d’apprendre ?”